Gaëlle Castor présente « Fleur d'Or », un concours de courts métrages destiné aux jeunes de 17 à 25 ans
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Destiné aux jeunes de 17 à 25 ans de Léogâne et de Jacmel, le concours de courts métrages Fleur d'Or 2026 ambitionne de révéler une nouvelle génération de cinéastes en Haïti. Portée par l'Association pour le Développement de l'Art et de la Culture Haïtienne (APDACH), cette première édition associe formation, création et accompagnement professionnel. Dans cet entretien accordé au Nouvelliste, sa présidente, Gaëlle Castor, dite Maryam Ayiti, présente les objectifs du projet, les opportunités offertes aux participants et lance un appel aux partenaires désireux de soutenir l'émergence de nouveaux talents.
Former les jeunes et raconter Haïti autrement
Le Nouvelliste : Vous résidez aux États-Unis. Chaque fois que vous revenez en Haïti, vous portez un nouveau projet. Cette année, vous avez lancé officiellement, à Léogâne, la première édition du concours Fleur d’Or. De quoi s’agit-il exactement et quels sont les objectifs de cette initiative ?
Gaëlle Castor : Fleur d’Or est un concours de court métrage destiné aux jeunes de 17 à 25 ans des communes de Léogâne et Jacmel. Le principe tient en deux mots : former, puis produire. Les équipes sélectionnées suivent une formation intensive de cinq jours, puis disposent de six semaines pour réaliser un court métrage de quinze minutes maximum. Je le précise, car la question revient souvent : il s’agit bien de courts métrages, et non de longs métrages, dans deux catégories, amateur et professionnel.
L’objectif n’est pas de fabriquer un événement de plus. Il est de laisser derrière nous des compétences, des œuvres et un réseau. Trop de jeunes talents dans nos villes de province n’ont jamais tenu une caméra, jamais foulé un plateau, jamais entendu quelqu’un leur dire que leur histoire méritait de devenir un court métrage. Fleur d’Or leur ouvre cette porte, chez eux, sans qu’ils aient à quitter leur ville.
Le Nouvelliste : Ce concours s’articule-t-il autour d’une ou de plusieurs thématiques particulières ? Quels messages souhaitez-vous transmettre à travers cette première édition ?
Gaëlle Castor : Notre ancrage est Anacaona, la « fleur d’or », reine taïno, poétesse et rassembleuse. De là notre devise : « Héritiers d’Anacaona. Bâtisseurs de demain. » Les prix eux-mêmes portent des noms taïnos, parce que cette mémoire nous appartient et qu’elle est trop peu racontée.
Le message est double. D’abord, notre héritage n’est pas un décor folklorique, c’est une matière vivante à réinterpréter. Ensuite, la jeunesse haïtienne n’est pas seulement un sujet de reportage, elle est autrice. Nous voulons des courts métrages qui regardent le pays en face, avec dignité, sans misérabilisme et sans complaisance.
Le Nouvelliste : Qui peut participer au concours Fleur d’Or 2026 ? Quelles sont les conditions d’inscription et où les candidats peuvent-ils s’enregistrer ?
Gaëlle Castor : Le concours s’adresse aux jeunes de 17 à 25 ans résidant dans les communes de Léogâne et de Jacmel. On participe en équipe, et l’œuvre attendue est un court métrage de quinze minutes maximum. Chaque candidat doit fournir une pièce d’identité, et une autorisation parentale est exigée pour les mineurs.
Le règlement est strict sur deux points : aucune image générée par intelligence artificielle et aucune prise de vue par drone. Nous voulons évaluer le regard et le travail réels des équipes.
Les inscriptions se font auprès de l’Association pour le Développement de l'Art et de la Culture Haïtienne (APDACH), sur le site www.apdach.org, via la page Facebook Fleur d’Or, ou auprès de nos points de contact à Léogâne et à Jacmel.
Le Nouvelliste : L’inscription au concours est payante. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Gaëlle Castor : Les frais sont de 100 dollars américains par équipe, plus 50 dollars par membre additionnel. Ce montant ne couvre qu’une fraction du coût réel : la formation de cinq jours, l’encadrement technique, la logistique, le jury, la production et la cérémonie représentent un budget très largement supérieur, porté par l’APDACH et ses partenaires.
Nous avons fait ce choix pour une raison simple : l’engagement. Une inscription gratuite attire les curieux, une inscription payante attire ceux qui iront jusqu’au bout de leur court métrage. C’est aussi une première leçon de métier, car même un court métrage se budgétise, se défend et se finance. Cela dit, nous travaillons à des bourses pour les jeunes talents qui n’en auraient pas les moyens, car personne ne doit être écarté pour cette seule raison.
Au-delà des prix, construire des carrières dans le cinéma
Le Nouvelliste : Concrètement, que gagneront les jeunes qui participeront à Fleur d’Or 2026 ? Au-delà de la compétition, quelles opportunités et quels accompagnements leur seront offerts ?
Gaëlle Castor : Tous les participants repartent avec une formation certifiée, une œuvre achevée et un réseau professionnel. C’est déjà, à mes yeux, le vrai prix.
Six lauréats seront ensuite récompensés, trois par catégorie, amateur et professionnel. Les dotations représentent une valeur de 1 200 à 4 000 dollars américains. Je tiens à préciser un point important : ces prix ne sont pas remis en argent. Ils sont attribués en équipement et en services professionnels, matériel de tournage adapté aux réalités haïtiennes, post-production, accompagnement technique.
Ce choix est délibéré. Une enveloppe se dépense et disparaît en quelques semaines. Une caméra, un micro, un ordinateur de montage restent entre les mains du jeune et lui permettent de tourner son prochain court métrage, puis celui d’après. Nous ne distribuons pas un cadeau, nous équipons un métier.
S’y ajoutent une résidence de création offerte grâce à nos partenaires, la projection publique des courts métrages et un accompagnement pour leur diffusion en festivals de courts métrages. Le jury, placé sous le parrainage d’honneur de Jacques Roc et comptant Carole Demesmin parmi ses membres, offre également aux lauréats une visibilité et un mentorat qu’aucun montant ne remplace.
Le Nouvelliste : Où se dérouleront les formations prévues dans le cadre de ce concours et comment seront-elles organisées ?
Gaëlle Castor : La formation se tiendra à Jacmel, sur cinq jours consécutifs. Le lieu exact est en cours de finalisation avec nos partenaires locaux et sera annoncé publiquement dès qu’il sera confirmé.
Le programme est intensif et pratique : écriture et scénario, réalisation, image et son, jeu et direction d’acteurs, montage, puis les questions de production, de droits et d’éthique. Les matinées sont théoriques, les après-midi consacrés aux exercices sur le terrain, en équipe. À la sortie, chaque groupe repart avec son projet structuré et six semaines pour tourner son court métrage.
Le Nouvelliste : Votre organisation, l’APDACH, célèbre aujourd’hui treize années d’existence. Pouvez-vous nous présenter sa mission ainsi que ses principales réalisations au cours de ces années ?
Gaëlle Castor : L’APDACH, Association pour le Développement de l’Art et de la Culture Haïtienne, a été fondée à Léogâne en janvier 2013. Sa mission est de faire de la culture un outil de développement, de dignité et d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes des zones souvent oubliées des programmes nationaux.
En treize ans, nous avons mené des actions culturelles et communautaires à Léogâne et au-delà, notamment des missions médicales dans le Sud après l’ouragan Matthew, où nous avons accompagné des communautés de la péninsule de Tiburon coupées de tout. Je dis toujours que ce que j’y ai vu m’a formée : les gens n’attendaient pas l’aide pour reconstruire, ils s’entraidaient et avançaient.
Aujourd’hui, l’APDACH s’articule autour de cinq programmes : Fleur d’Or, Fanm nan Kilti Égal Lavi, Miss Anacaona, la Clinique Mobile et Flotter Fierté. Ces treize années n’ont pas été une ligne droite, mais nous sommes toujours là, et c’est déjà une réponse.
« Nous cherchons aujourd'hui des partenaires pour investir dans les talents de demain »
Le Nouvelliste : Bénéficiez-vous du soutien de partenaires institutionnels ou privés pour mener à bien vos différents projets ?
Gaëlle Castor : Oui, et je tiens à les nommer, car ils ont dit oui quand le projet n’était encore qu’une idée sur une feuille de papier : MAGEPA, Donpée Guest House, l’Hôtel Arawak, Belval Plaza et la Compagnie Théâtre Créole, auxquels s’ajoutent nos partenaires de formation et d’accueil dans le Sud-Est. Ce sont des femmes et des hommes qui donnent ce qu’ils ont, souvent plus que ce qu’ils peuvent. Je leur dois beaucoup.
Mais je veux être honnête devant vos lecteurs, parce que la pudeur n’a jamais financé un seul court métrage : nous sommes en recherche urgente de partenaires financiers. Le cœur de nos amis est immense, leurs moyens ne le sont pas. Aujourd’hui, l’écart entre ce que Fleur d’Or doit être et ce que nous pouvons payer se compte en jeunes que nous devrons refuser.
Alors je le dis simplement. Une caméra, c’est une voix rendue à quelqu’un qui n’en avait pas. Une bourse d’inscription, c’est une porte qui s’ouvre pour un jeune de province qui, sinon, restera assis devant sa maison à regarder passer sa propre vie. Un partenariat, c’est une graine mise en terre dans un pays qu’on dit stérile et qui, chaque fois, fleurit quand on l’arrose.
À toute entreprise, toute institution, toute famille de la diaspora qui lira ces lignes : venez mettre votre nom sur quelque chose qui restera. Nous n’offrons pas un logo sur une banderole, nous offrons une place dans l’histoire de ces enfants. La porte de l’APDACH est grande ouverte, et elle le restera.
Le Nouvelliste : Présentez-nous Gaëlle Castor, dite Maryam Ayiti. Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager avec autant de détermination dans le développement du cinéma et de la formation artistique en Haïti ?
Gaëlle Castor : Je suis née en Haïti et j’ai grandi à Carrefour-Feuilles. C’est là que tout a commencé : à seize ans, je faisais déjà du travail social avec le PEJEFE. Je n’ai jamais vraiment arrêté depuis.
Aujourd’hui, je vis aux États-Unis, où je suis interprète certifiée trilingue, créole, français, anglais, avec un parcours dans les services de carrière et le recrutement. Je dirige également la SE FANM Foundation, une organisation à but non lucratif de Floride dédiée à l’autonomisation des femmes.
Ce qui me pousse ? J’ai vu trop de talents s’éteindre faute d’une seule porte ouverte au bon moment. Le cinéma n’est pas un luxe pour nous, c’est la manière dont un peuple raconte sa propre histoire au lieu de la laisser raconter par d’autres. Tant que je peux ouvrir une porte, je l’ouvre.
Le Nouvelliste : Si vous aviez un seul message à adresser aux jeunes Haïtiens, pourquoi devraient-ils s’inscrire au concours Fleur d’Or 2026 ?
Gaëlle Castor : Parce que personne ne viendra vous chercher. Inscrivez-vous, et vous repartirez avec un métier entre les mains et un court métrage qui portera votre nom. Anacaona n’a demandé la permission à personne. Vous non plus.
Le Nouvelliste : Un autre mot.
Gaëlle Castor : Oui, à ne pas oublier : le concours de court métrage Fleur d’Or 2026 avance grâce à des partenaires de cœur qui donnent déjà le meilleur d’eux-mêmes. Pour aller au bout, il nous faut aujourd’hui des partenaires financiers. On peut nous contacter : Courriel : gcastor@gmail.org; Téléphone / WhatsApp (États-Unis) : +1 347 335 9915; Haïti : +509 4433 9553 / +509 5520 3165; Facebook : Fleur d’Or; Site web : www.apdach.org.
Notons que chaque contribution, quelle que soit sa taille, devient une formation, une caméra, un transport, un repas chaud pour une équipe de jeunes en tournage de court métrage, une bourse pour un talent qui n’a que son rêve en poche.
Mise à jour d'octobre 2026 : l'édition 2026-2027 de Fleur d'Or est ouverte aux jeunes de 16 à 25 ans de Léogâne. Toutes les informations à jour sont sur la page Fleur d'Or. https://www.apdach.org/fleurdor
Propos recueillis par Claude Bernard Sérant, Le Nouvelliste



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